FORUM : Accueil - Aide
Messages: Récents - Non-lus - Réponses - Privés
Bienvenue, Invité. Veuillez vous connecter ou vous inscrire. Vous profiterez alors pleinement de toutes les fonctionnalités.
/ Forum SFM /  Travaux, Projets et Propositions /   Labo /    Refondation de la mémétique dans le zootechnocène
Auteur Fil de discussion: Refondation de la mémétique dans le zootechnocène  (Lu 4383 fois)
Pascal JOUXTEL
Bureau SFM
Participant Actif


Glops: +2/-0
Messages: 757



WWW
« le: 25/05/2008 à 22:00:18 »

Ce texte est publié sur mon blog "comment les systèmes pondent".
http://systempondent.over-blog.com/article-19868145.html
Il s'agit du début d'un projet de refondation de la mémétique sur des base resserrées, proche de ce que j'ai intitulé précédemment "mémétique pratique". Il provient d'un échange avec Jean-Paul Baquiast, et la lecture d'un article publié par celui-ci. Je trouve que pour une fois, JPB ne se contente pas de faire l'écho des modèles des autres, il propose son propre modèle, et ce modèle me semble très proche de la mémétique à laquelle je crois profondément... Donc je m'associe à cet élan et je veux en faire, en accord de Jean-Paul, le début d'une tentative de refondation de la pensée mémétique francophone. Ni plus, ni moins. C'est pourquoi je vous livre ces réflexions afin qu'on en débatte entre méméticiens.


Les deux principaux reproches que l'on peut lire dans la presse  concernant la démarche des méméticiens sont :

1. que les concepts sont toujours aussi mal définis - et ce même après avoir abondamment expliqué que c'est aussi une condition de survie du "mème des mèmes" qui est encore dans son enfance : il faut qu'il conserve la capacité de "parler" à des théories de diverses écoles.  Et ce alors même que la définition du mème comme "élément culturel reconnaissable" commence à être assez largement admise dans la communauté de travail.

2. que l'on trouve encore très peu de travaux de recherche en mémétique. De fait, il est difficile de baliser un champ d'observation précis dans lequel on pourrait enregistrer des observations, effectuer des mesures, afin de vérifier la pertinence du modèle évolutionniste appliqué à des faits de civilisation.

C'est pourquoi je trouve passionnante l'approche que défend Jean-Paul Baquiast dans son dernier et (comme d'habitude) remarquable article, intitulé "la révolution du zootechnocène".
http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2008/88/zootechnocene.htm
Rappelons que JPB est co-rédacteur de la revue en ligne Automates Intelligents consacrée au vivant non-biologique.

Jean-Paul propose d'appliquer une approche darwinienne au champ des outils et technologies (au sens le plus large) qui contribuent en grande partie à constituer ce qu'on appelle l'homme; mais plus précisément à l'évolution des usages humains des outils et technologies, c'est-à-dire aux formes de la relation Humain-outil.
Il donne à ces familles d'usages le nom d'organismes zootechniques. Cette proposition de prendre comme analogue du véhicule des mèmes un usage (par exemple la relation homme-couteau) me va droit au coeur. C'est la mémétique que j'appelle de mes voeux.

Comme je l'indique dans les commentaires qui sont intégrés à la version longue de l'article,
http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2008/88/zootechnocene.htm
JP Baquiast nous montre ici la voie vers une très opportune refondation de la mémétique, "refondation" en cela qu'on y dégage de terre les concepts de base pour leur redonner un forme plus solide, plus propres à soutenir un édifice puissant.

N'hésitez pas à tous lire jusqu'au bout, si vous voulez  rompre une bonne fois avec un paquet d'idées reçues concernant la mémétique.
Notez bien qu'il ne s'agit pas de la part de JPB et de la mienne d'une sorte d'OPA sur les concepts de base de la mémétique, bien que nous nous sentions parfaitement légitimes en tant que co-fondateurs de la SFM.

Lisez, et ensuite, si vous avez des commentaires, c'est parti pour la refondation... ou pas !

Pascal
Journalisée
Michel COUSY
Participant Actif


Glops: +0/-0
Messages: 91


« Réponse #1 le: 27/05/2008 à 03:51:03 »

Bonjour,
Il me semble que lorsque j’oppose un avis contraire à celui de Jean-Paul Baquiast, une certaine réaction que je prendrais comme la réponse d’un corps professionnel, se fasse sentir. Il n’est nullement dans mon intention de nier la personne parce que je lui accorde une conscience, simplement je ne suis pas d’accord sur certains points.

Je prendrais comme exemple l’annonce faite par « le gouvernement français :
Nous retirons jusqu’à 90/100 des armes à sous munitions », l’on pourrait s’arrêter là et se réjouir de cette décision, mais ce qui n’est pas dit c’est ceci : elles sont obsolètes, nous allons les remplacer par des munitions pilotées par l’intelligence artificielle ou automate intelligent, pour reprendre une formulation »…, Je ne dis pas que les travaux de monsieur Baquiast soient lié à cette situation mais je n’ai pas lu de prise de position pour l’utilisation de ce genre de recherche. Et là ça me dérange car « je croie posséder une conscience » je m’en expliquerais  lorsque je reprendrais le texte fort brillant de J.P Baquiast, mais je ne suis pas « séduit » plutôt fort mal à l’aise.

Je commence ma critique du texte, je n’ai qu’une chose à « défendre » cette conscience qui est niée, nous verrons les avantages de cette négation.
Je cite : «Appelons Ere du zootechnocène …  » Quelle autorité, pas très scientifique me semble-t-il comme approche. Une simple technique d’écriture, oui si ce n’est que la phrase suivante tendra à induire, assoir cette proposition comme acquise, donc irréfutable….
« On sait que certains scientifiques ont proposé d’appeler cette même période l’« anthropocène »… » Là nous revenons à une formulation scientifique…
« Ce n’est pas l’ « homme », concept dont les définitions sont multiples et dont les correspondances dans la nature n’ont cessé de changer au cours des temps, …, je ne comprends pas le sens de cette phrase, la partie : les correspondances dans la nature, la nature est-elle la norme, la référence ce qui sous tend la connaissance de celle-ci me semble-t-il, une appréciation par analogie ?
« Nous estimons que le regard contemporain, inspiré par l’anthropocentrisme traditionnel, s’attache à l’homme comme le regard de l’imbécile, selon le dicton chinois, s’attache au doigt du sage qui montre la lune.» Là un jugement de valeur : estimons, inspiré, le regard de l’imbécile, juste une envolée, une phrase bien tournée mais lourde de conséquences, l’implicite nous ne sommes pas de ces gens là… l’idée semble brillante et l’appréciation légitimée par : inspiré par l’anthropocentrisme traditionnel. Ce qui me ferait rire, c’est cette référence au sage chinois qui par excellence représente la conscience tant niée par la suite… Faudrait, il me semble étudier les textes de ces dits sages…
« De ce fait, il ne voit pas l’essentiel … » là nous passons au fait pour une démonstration mais le fait est-ce par ce qu’il est un imbécile, parce qu’il à une vision anthropocentrique ? 
 « …, l’évolution induite par la prolifération des techniques instrumentales dont les lois de développement obéissent à d’autres logiques que celles mises en œuvre par les organismes vivants. » l’évolution ferait partie d’un cycle ayant un début et une fin, sur quel côté de la courbe le regard est-il fixé, il se pourrait que celui qui regarde, l’auteur du texte, ait une vue d’ensemble ; obéissent,  ne me semble pas être un terme scientifique une commodité de langage…, ces autres logiques d’où proviennent-elles, une production du pôle scientifique, des découvertes, des langages, opérations mathématiques, conçus pour un besoin particulier ?
« Certes, ces techniques instrumentales ont pris naissance (pour l’essentiel) au sein des sociétés humaines,... » la même technique d’écriture pour la démonstration, «…  , à l’intérieur desquelles elles ont trouvé les « aliments » nécessaires à leur croissance. Mais les sociétés humaines ne les ont pas plus créées qu’elles n’ont créé les maladies contagieuses qu’elles hébergent également.» Que compare l’auteur des « entités, non biologique avec d’autres habitants comme les virus dont la classification semble floue, et des organismes biologiques. « Elles n’en sont pas davantage « responsables ». » _ comme le radar qui vous flache, comme la pointeuse, comme tous ces automates, comme la balle d’un pistolet, comme le drone qui paralyse un humain, la machine « n’est pas responsable. Cela me rappelle cette phrase très souvent entendue c’est l’ordinateur qui a fait une erreur… réponse vraie si bug d’un programme mais pas toujours exacte lors d’une erreur  de saisie de la part de l’opérateur et surtout pas de responsabilité. Et dans le même genre « Le conducteur de train n’est responsable que de la conduite de sa machine » mais pas de « convoyer des déportés dans un camp de concentration », la machine train n’a pas de conscience … », c’est sûr c’est une autre logique nettoyée d’imperfection « humaine » ce genre d’affirmation ça ne passe pas car la conscience tant décriée comme une aberration  serait un système de contrôle qui « débuguerait » cette logique produite par la raison.  Je vais faire une anticipation ayant lu le texte, « recentrons nous sur le métier », c’est une appréciation, une très mauvaise interprétation.
Nous sommes passé de la classe entité à la notion de responsabilité et ce qui en découle, la classe humane est-elle responsable, la classe machine est-elle responsable, la classe microbe est-elle responsable ? Il me semble que cette articulation serait le point autour du quel l’argumentation est construite, à voir la suite.
« Il s’agit de développements parallèles co-induits (s’influençant respectivement) mais répondant à des logiques différentes. Ces différences vont peut-être apparaître plus clairement dans les prochaines années. Le temps parait venu en effet où, sans couper tous liens avec les sociétés humaines, les techniques instrumentales prendront un essor propre, de type auto-évolutionnaire ou auto-référent, grâce auquel elles construiront des mondes où le biologique « traditionnel » jouera un rôle de moins en moins grand au regard de ce que l’on nomme l’ « artificiel. » Proposition qui mériterait que l’on s’y arrête pour réfléchir.
Comme c’est de la prospective je vais en faire une aussi, l’on nous vend un futur genre matrix car bien sûr ces logiques ont exclu cette erreur que l’on nomme conscience et responsabilité l’une de ses expressions, la machine ne doute pas elle évalue, compare des données, calcule suivant un programme et exécute la réponse qui est la solution de son programme, elle n’est pas responsable, notion provenant de la conscience, c’est sûr qu’un missile « intelligent » n’a pas conscience de sa finalité…
je n’ai pas choisi l’exemple de la relation humain arme, comme il est « suffisamment »  abordé je le cite.
J’ouvre une parenthèse. Qu’il soit dessiné, assemblé par d’autres machines n’est pas un problème en soi, c’est une logique d’un autre niveau, la même me semble t-il qui régie la vie de millions de personnes travaillant avec des machines, l’exemple des horaires de travail dans les fonderies étaient « justifiés » par les processus du temps de chauffe et son maintien, etc.
Continuons dans cette « logique » :
_Oui l’humain serait un idiot parce qu’il a le sentiment de sa responsabilité de nourrir et protéger sa progéniture.
_Oui, un idiot qui accepte de louer sa personne, pour subvenir à ses besoins, la machine nous affranchirait-elle de cette responsabilité ou bien simplement n’ayant pas de « revendication » elle effectuera les tâches pour les quelles elle a été conçue, assemblée pour rester dans le ton. Oui c’est une logique non contaminée par des humeurs erratiques ! Un monde sans humain comme l’espace quelle merveille, alors pourquoi envoyer des humains sur la lune, sur mars ? Les machines aussi intelligentes que l’on nous le dit ont-elles besoins d’humains et pour accomplir quoi ? Parler d’intelligence n’est encore qu’un abus de langage me semble-t-il  sauf à prêter cette disposition à toutes les autres catégories : minérales, végétales et biologiques ! Fin de la parenthèse

« Mais comment, dira-t-on, prêter aux techniques instrumentales, objets inobservables par les moyens de la science traditionnelle, des propriétés leur donnant la capacité d’agir de façon proactive sur le monde matériel ? Nous voudrions pour répondre à cette question inscrire l’approche proposée ici dans une tradition déjà vieille de quelques décennies, celle de la mémétique. On sait que la mémétique, à la suite de Richard Dawkins et de quelques autres chercheurs tels que Susan Blackmore, pense possible d’expliquer de façon scientifique l’évolution de l’espèce humaine par le développement en son sein d’entités informationnelles réplicatrices sur le mode darwinien, qui ont été nommés les mèmes. Pour la mémétique, l’homme n’existe pas en tant que tel. Certes, l’espèce humaine (sapiens sapiens) parait définie au plan génétique par la possession d’un génome qui n’aurait pas varié depuis quelques dizaines de milliers d’années. Mais ce ne sont pas les mutations survenues au sein de ce génome qui auraient été la cause première de son évolution récente. Ces mutations, ayant par exemple permis l’acquisition d’un « gros cerveau », ont été induites par la prolifération au sein des groupes humains d’innombrables entités de type culturel, se reproduisant par imitation, les mèmes.» Là nous avons quelque chose d’intéressant me semble t-il, nous avons une science traditionnelle d’un côté qui n’aurait pas les outils d’analyses  et une autre tradition (sic), donc fondatrice d’autorité plus jeune mais non établie comme une science, une hypothèse serai plus scientifique… « l’homme n’existe pas en tant que tel  » une affirmation… Que veut signifier cette phrase, c’est quoi ? même technique d’écriture, «Certes, l’espèce humaine (sapiens sapiens) parait définie au plan génétique par la possession d’un génome qui n’aurait pas varié depuis quelques dizaines de milliers d’années » nous repassons au discours scientifique, « Mais ce ne sont pas les mutations survenues au sein de ce génome qui auraient été la cause première de son évolution  récente. » une hypothèse, toujours dans la démarche scientifique avec une affirmation, « Ces mutations, ayant par exemple permis l’acquisition d’un « gros cerveau », ont été induites par la prolifération au sein des groupes humains d’innombrables entités de type culturel, se reproduisant par imitation, les mèmes.» et on repasse à l’affirmation : ont été induite, il me semble que ce n’est toujours qu’une hypothèse …

J’arrête là pour le moment. Si monsieur  Baquiast est un scientifique, se dont je ne doute pas, c’est tout de même étrange de ce servir de cette technique qui porte un nom pour affirmer son point de vue. Des propositions faites dans la suite du texte sont intéressantes mais je reste méfiant face à l’argumentaire proposé, d’autre part je ne pense pas que monsieur Baquiast « programme avec ce genre d’erreur » et c’est bien ce qui me dérange le plus, respecter une personne intelligente qui me colle l’étiquette de conditionné à une métaphysique parce que j’aurais une conscience qui ne correspond pas à sa définition.
Que la position de scientifique réfute cette proposition se comprend, alors pourquoi utiliser un discours de sophiste ?

« Refondation ? », j’appellerais  plutôt cela un recentrage métier, encore une fois je comprends la démarche qui veut s’affranchir de « croyances », mais comme cette voie de l’existence de l’êtreté  est éliminée d’office sans avoir été explorée, expérimentée en faisant l’amalgame entre le pouvoir aliénant d’un discours religieux et les possibilités que peut offrir cette conscience, alors à la place l’on me propose une irresponsabilité par machine interposée qui pourrait justifier toutes les horreurs … j’ai un doute. C’est sûr, je n’ai dû rien comprendre à la manip.
 
Bonne soirée,
Michel.
Journalisée
Jean-paul BAQUIAST
Participant


Glops: +0/-0
Messages: 24


« Réponse #2 le: 28/05/2008 à 19:22:14 »

Bonjour. Je ne réponds pas point par point à toutes les observations de Michel Couzy, mais je vous propose ce texte, que je publie par ailleurs sur Automates Intelligents
Quant à savoir comment je me vois quand je prends une décision, je me vois comme agi par un certain  nombre de forces ayant déjà provoqué en moi cette décision avant que je ne l'aie formalisée

Titre: la conscience des professeurs de science et celle des conducteurs de train

Une certaine Mariela Szirko, dans un texte en français publié par la revue argentine Electroneurobiologie, défend l’autonomie de la conscience individuelle contre les tentatives des sciences de l’automatisme et de la robotique qui veulent y voir le produit d’un mécanisme neurologique lui-même conditionné par l’existence de superorganismes menant le monde. Elle affirme que ces sciences, envahissant le domaine de l’anthropologie et de la sociologie afin de les dépouiller de leur regard traditionnellement politique, sont des constructions idéologiques. Elles permettent aux multinationales nord-américaines de démobiliser les résistances des individus qu’elles cherchent à transformer en consommateurs passifs.

Dans ce texte, elle cite un certain Antoine Courban (Les Chroniques de l'Irréparable, I) qui selon elle « affirme avec beaucoup de pertinence » que « Il faut choisir : soit on considère l'Homme comme Sujet de l'Histoire ; soit on le considère comme Objet de l'Histoire. Dans le premier cas, c'est l'Homme qui fait l'Histoire parce qu'il est libre, dans le deuxième cas, il n'est plus libre, il ne fait que subir le déterminisme de l'Histoire» .

J’ajouterai en ce qui me concerne que, sur le site de la Société francophone de mémétique, un intervenant, s’appuyant sur un article de moi repris par ce site (La révolution du zootechnocène) me reproche quasiment de prendre le parti des conducteurs des trains de la mort, sous la Shoah, lesquels ne se rebellaient pas contre les ordres donnés par la compagnie ferroviaire sous la pression des nazis. Je pourrais répondre que jeune sous-lieutenant, je n’avais pas accepté en Algérie de pratiquer la torture, mais ce serait donner un côté personnel à un débat qui doit rester neutre.

Le point important que je voudrais souligner ici est que les sciences des systèmes, notamment la mémétique, doivent en fait refuser le choix imposé par Antoine Courban. A nos yeux, l’Homme n’est ni sujet ni objet de l’histoire. Il n’est ni libre ni déterminé. Antoine Courban et ceux qui pensent comme lui voudraient nous obliger à choisir entre deux philosophies aussi éculées et dangereuses l’une que l’autre, le dualisme pour lequel l’âme, reflet de Dieu, doit servir de référence à l’action humaine et le matérialisme historique marxiste pour qui les pensées ne sont que des superstructures découlant des infrastructures économiques elles-mêmes mises en œuvre par la lutte des classes. Nous avons la prétention de penser le monde différemment, notamment à la lumière des sciences de ce qu’il faut bien nommer la conscience artificielle.

Je pourrais reprendre pour en discuter l’exemple des conducteurs des trains de la mort ou, plus généralement, celui de tous les travailleurs, fonctionnaires ou non, qui de tous temps ont choisi à un moment de leur vie de résister à des ordres qu’ils considéraient comme injustes. Mais on peut rajeunir un peu ces exemples en développant le cas des professeurs de sciences américains de l’enseignement public choisissant « librement » soit d’enseigner le darwinisme soit d’enseigner le créationnisme (source NewScientist 24 mai 2008, p. 4).

Une enquête réalisée par un sociologue des sciences américain, Michaël Berkman, de l’Université d’Etat de Pennsylvanie, a montré que sur les 939 professeurs de science enseignant dans les écoles d’Etat (High School) interrogés :
- 2% ont répondu qu’ils n’enseignait pas l’évolution
- 25% ont répondu qu’il enseignaient le créationnisme et l’ID au même titre que le darwinisme, la moitié de ceux-ci ajoutant qu’ils les présentaient comme une alternative scientifique opposable au darwinisme pour expliquer l’origine des espèces (PloS Biology, DOI : 10.1371/journal.pbio.0060124). Michaël Berkman en conclut qu’il conviendrait de généraliser les cours sur l’évolution dans la formation des professeurs de science pour diminuer ce pourcentage qui lui parait inquiétant

Cette enquête pose la question du poids particulier joué par les croyances d’inspiration biblique dans l’enseignement public américain, ainsi que celle des offensives fondamentalistes contre la laïcité identiquement à l’œuvre au sein des sociétés européennes. . Mais nous voudrions l’utiliser à un tout autre usage : s’interroger sur le rôle de la conscience individuelle dans la détermination des comportements des sociétés humaines (systèmes bioanthropiques pour reprendre la terminologie que nous avons retenue par ailleurs).

Appelons conscience individuelle des professeurs de science le fait qu’interrogés par Michaël Brockman, ces professeurs paraissent tous convaincus qu’ils disposent d’un Moi libre de décider, soit qu’ils doivent enseigner exclusivement un contenu de connaissance collective d’origine scientifique, soit qu’ils doivent parallèlement, voire exclusivement, enseigner un contenu de connaissance d’origine métaphysique. Nous ferons l’hypothèse que lorsqu’ils expriment leur position, ces professeurs transcrivent sous forme langagière des contenus cognitifs inscrits dans leurs cerveaux, cerveaux eux-mêmes mettant en forme (formalisant) des « décisions » plus générales sur le monde et la société prise par leur corps individuel au sein du corps social dont ils émanent. Les spiritualistes dualistes verront là une hypothèse matérialiste, mais comme nous sommes nous-mêmes matérialistes et non spiritualistes dualistes, on ne pourra pas nous reprocher de la formuler.

Suivant la terminologie que nous avons adoptée dans divers articles, nous appelons contenu de connaissance d’origine scientifique les connaissances mémorisées par ce que nous avons nommé un superorganisme cognitif scientifique. Nous n’énonçons pas là une simple lapalissade, mais le fait que le superorganisme cognitif scientifique a obtenu ses contenus de connaissance au terme d’un processus faisant appel à la méthode scientifique expérimentale (que nous ne décrirons pas ici). Si le système a sélectionné, mémorisé et s’il continue à utiliser ces connaissances, c’est parce qu’elles se sont révélées à l’usage les mieux adaptées à assurer sa survie sur le long et le très long terme. Les connaissances scientifiques ne garantissent pas qu’elles mèneront obligatoirement les sociétés scientifiques au succès et au bonheur. Elles peuvent même un jour générer des catastrophes. Mais dans l’immédiat, elles se révèlent plus efficaces que les divers obscurantismes quand il s’agit de protéger les humains d’un certain nombre de maux.

Les acquis cognitifs des souris

La méthode scientifique expérimentale, développée sur le mode dit des essais et erreurs, constitue en fait un processus universellement répandu au sein des systèmes biologiques. Mais dans ces systèmes, hormis l’espèce humaine, ce processus ne se manifeste pas de façon explicite, c’est-à-dire par des productions langagières (production de concepts communicables par des langages générationnels). Ainsi l’espèce-souris possède des connaissances sur le monde mémorisées au sein de divers supports, génétiques ou culturels (comportementaux), qui permettent aux individus-souris de savoir qu’ils doivent éviter les contacts avec les chats. Les individus-souris qui ne respectent pas cette règle meurent. Ne restent donc en vie que ceux pour qui la règle ne doit pas être discutée, mais doit être appliquée au mieux des circonstances.

Par ailleurs, il se trouve que les individus-souris ne possèdent pas (à notre connaissance) un cerveau autoréflexif qui leur permettrait de se regarder eux-mêmes en train d’appliquer la règle et moins encore de les inciter à enseigner cette règle aux autres souris par un discours langagier performateur. Autrement dit, l’espèce-souris n’est pas dotée d’un processus en miroir permettant de générer collectivement des règles de survie sous forme langagière et de les transmettre d’individus en individus avec le cas échéant des renforcements de type affectif (altruistes) les présentant comme bonnes à appliquer et donc présentant ceux qui ne les appliquent pas comme se comportant de façon "immorale", c'est-à-dire dangereuse pour l’espèce.

Nous pouvons donc considérer que si le superorganisme cognitif qu’est l’espèce-souris a survécu dans un monde peuplé de chats, c’est parce qu’il avait acquis par essais et erreurs au long des générations des connaissances scientifiques (nous dirons pour rester prudents des connaissances préscientifiques) qui représentent, sous une forme non verbalisée, ses contenus de connaissance sur le monde. Remarquons que contrairement à ce qui se passe dans les supersystèmes cognitifs que sont les sociétés humaines, les cerveaux associatifs des individus- souris composant le superorganisme cognitif qu’est l’espèce-souris sont doute moins doués pour multiplier les hypothèses susceptibles d’expliquer les régularités du monde que ceux des individus humains. Ils sont aussi moins doués que les individus humains pour se rassembler en groupes sociaux puissants animés par la volonté de propager ces hypothèses afin d’acquérir un pouvoir au sein de la société-souris globale. Autant que l’on sache, aucun individu-souris n’a imaginé, grâce à un cerveau particulièrement créatif, qu’il existerait peut-être un Dieu Chat très puissant que l’on pourrait apaiser par des sacrifices. Aucun n’a tenté de bâtir une religion au service de cette vision ni de collecter des offrandes à cette fin. A supposer qu’il l’ai fait et se soit comporté conformément à cette hypothèse, cet individu-souris serait mort, très vite dévoré. Son hypothèse et son amorce de religion auraient disparu avec lui.

La marge relative d’apport de complexité acquise par le cerveau humain

Mais revenons au superorganisme cognitif humain. Il s’agit d’un organisme dont les contenus de connaissances sur le monde ont été acquis au fil des générations par des processus longs et difficiles, initialement non verbalisés bien que fortement engrammés, analogues à ceux mis en œuvre par les souris. Mais avec l’apparition de cerveaux capables d’auto-réflexion, des possibilités bien plus riches sont apparues. L’auto-réflexion consiste à se voir soi-même faisant telle action, à l’instar de ce que fait le voisin que l’on voit faisant cette chose. On a évoqué à tort ou à raison pour expliquer ce nouveau regard une mutation dans l’architecture des réseaux de neurones permettant à certains de ceux-ci de fonctionner en miroir. Mais peu importe la cause. L’essentiel est que le cerveau y gagne en autonomie – relative – à l’égard du monde extérieur. Par autonomie, il ne faut pas comprendre que le cerveau puisse se mettre à faire n’importe quoi. Il apporte par contre une certaine complexité à la séquence des comportements de l’organisme. Cette complexité est pratiquement imprévisible de l’extérieur (voire de l’intérieur), mais elle reste déterminée par des causes qu’un observateur très bien outillé pourrait analyser. Il s’agit d’un exemple d’émergence faible, pour reprendre un terme que nous avons discuté précédemment.

Dans ce cas, le cerveau ne se borne plus à enregistrer passivement certaines des conséquences des forces s’exerçant sur le corps. Il se comporte en système réactif et même proactif, capable par exemple d’anticiper les effets de certaines forces et tenter de les prévenir. Quand il utilise le langage, ce passage de l’enregistrement à la réactivité puis à la proactivité se traduit immédiatement par des formulations spécifiques. Celles-ci induisent chez les semblables, par imitation, des comportements analogues. On passe de la phrase « Aïe, ce salaud de chat m’a griffé » à la phrase « Fiche le camp, sale bête » puis enfin à la phrase « Je ne veux plus de chats dans la maison ». Mais cette proactivité reste limitée à la sphère d’influence permise soit à l’individu soit à l’espèce. Ainsi, nul militant de la guerre contre les chats n’ira jusqu’à tenter de purger le monde de tous les chats qui s’y trouvent.

L’autonomie acquise par le cerveau s’est traduite par l’émergence au niveau des formulations langagières (et peut-être au niveau des zones corticales associatives) d’un macroconcept symbolisant le champ des actions où la proactivité du cerveau peut s’exercer au mieux. C’est le Moi. Le Moi est très bavard, car en tant que macroconcept réactivé en permanence par ce que certains neurologues appellent l’espace neuronal de travail conscient, il explore et externalise sous forme de contenus langagiers un certain nombre des connaissances acquises par l’organisme. Les contenus qui sont « bien reçus » par le milieu, c’est-à-dire qui correspondent aux besoins de survie de l’individu et du groupe, seront « renforcés » par habituation et pourront prendre la forme d’exemples et de règles de comportement que le sujet s’efforcera de proposer au groupe.

A ce niveau de l’analyse du processus d’action du Moi conscient, nous devons rappeler que le processus fondamental de toute acquisition de connaissance par essais et erreurs, que ce soit au niveau individuel ou collectif, n’a pas cessé de jouer. Il s’agit pour ce processus de mettre les hypothèses à l’épreuve de l’expérience et de ne retenir à long terme que celles contribuant à la survie. C’est la raison pour laquelle les connaissances vérifiées par l’expérience collective, dites scientifiques, se sont peu à peu imposées pour une raison de fait simple, c’est que les individus qui s’y référaient avaient plus de chances de survie que ceux se référant à la multiplicité inefficace des explications mythologiques. Les professeurs de science enseignant le darwinisme savent parfaitement que s’ils veulent expérimenter avec succès sur le vivant, ils doivent en respecter les principes. Pour créer de nouvelles souches de bactéries, ils ne pourront le faire qu’en soumettant les souches existantes à des contraintes de mutation sélective. Ile ne pourront pas le faire en faisant appel à l’intervention d’un Créateur supposé capable de descendre sur la paillasse.

Les impératifs de carrière des professeurs de science

Pourquoi en ce cas, des professeurs de sciences persistent-ils à enseigner le Créationnisme ? Pourquoi, question plus troublante, leur Moi persiste-t-il à refuser d’admettre que le Créationnisme n’est pas scientifique ? Nous pouvons supposer que les sociétés humaines étant bien plus riches, diversifiées et protectrices pour leurs membres déviants que les sociétés animales, les comportements allant à l’encontre des forces du monde et compromettant de ce fait les chances de survie à long terme de ceux qui s’y réfèrent peuvent, pendant un certain temps, non seulement se maintenir mais assurer un succès sélectif à court terme au profit de leurs promoteurs.

Que cherche un professeur de science américain, à une époque où, comme le montre Naomi Klein dans ses livres (par exemple The Shock Doctrine ), le système américaniste vise à privatiser tous ces services publics, afin de maximiser le profit des firmes privées telles qu’Halliburton ? Cherchent-ils à se faire bien voir de sources de financement de l’enseignement privé telles que la Templeton Foundation, militant pour le rapprochement des sciences et des religions ? Dans ce cas, ils se convaincront eux-mêmes assez vite, en toute bonne conscience, que le Créationnisme est une bonne et saine doctrine. Cherchent-ils au contraire à conserver l’estime des vieilles administrations publiques locales en charge de l’éducation, tout en restant fidèle à l’image d’eux-mêmes acquise dans leur milieu social ou simplement dans leur famille, nourrie au lait du savoir académique intransigeant ? Dans ce cas, ils défendront, toujours en toute bonne conscience, l’enseignement du Darwinisme.

Les conducteurs de trains de la mort étaient placés, toutes choses égales d’ailleurs, devant un dilemme semblable. La plupart ont fait le choix qu’ils ont fait.


Pour en savoir plus
Mariela Szirko http://electroneubio.secyt.gov.ar/antropologiaganglionar.htm
Article sur le site de la SFM
http://forum.memetique.org/index.php?topic=1360.msg6789#msg6789
Naomi Klein, très à la mode aujourd'hui en France, http://www.naomiklein.org/main

Journalisée
Michel COUSY
Participant Actif


Glops: +0/-0
Messages: 91


« Réponse #3 le: 29/05/2008 à 11:38:47 »

Monsieur  Baquiast,

Merci pour votre réponse,

Je n’ai prétendu aucunement, pour l’histoire du train que c’est ce que vous fîtes, je donnais l’exemple d’une logique, que cette logique ne résout pas la relation de la personne avec une machine et de cette adaptation qui es loin d’être « harmonieuse », vous ne résolvez pas ce problème, j’avais cru qu’un scientifique résolvait un problème avant de passer à autre chose. Cette démarche est un produit de la conscience. Et je ne vois là rien de « religieux »

Je ne suis toujours pas d’accord, je ne parle pas de créationnisme encore moins de divinité. Il me semble que la notion de conscience n’est pas une exclusivité d’une « religion ».

La conscience que que vous prônez a de grands avantages elle a la « souplesse » des choix comme un stratège a parfois plusieurs options mais il me semble qu’elle s’affranchit de nombreuses considérations que vous semblez mettre sur le compte de doctrines religieuses. Effectivement se sentiment de « liberté, de puissance pourrait avoir un goût enivrant », je ne pense pas que ce soit le modèle  le plus pertinent. Le croyant, celui manipulé par une idéologie, peut ressentir cette exaltation, se sentir libre et puissant. L’on pourrait l’appeler un fanatique, intoxiqué par une idéologie.

À regarder de plus près, ces deux façons de croire auraient des points de similitudes.

Pour revenir à cette absence de responsabilité, je prendrais un autre exemple : celui de la semence végétale stérile produite par une technologie. Le laborantin ne fait que ce servir des outils à sa disposition. Il n’est responsable que de suivre la méthodologie, pas de ce qui sort de ses éprouvettes, la technique ne peut être mise en cause elle est une application scientifique. Voilà cette monstruosité qui remplace la semence naturelle prélevée sur chaque récolte. C’est cette logique sans conscience que je dénonce, sa finalité c’est le contrôle par la faim.

L’on peut observer et se dire que deux mèmes sont en compétition darwinienne. L’un est le contrôle par une croyance religieuse, l’autre un contrôle par une logique que les deux se disputent l’humain, c’est bien ! Quand je parle de conscience c’est d’observer et agir, faire en sorte que ces deux pollutions ne tuent pas son porteur, une action prophylactique  et pas militer pour une option plutôt qu’une autre.

Cette proposition, il me semble, est une évolution, un possible, pas un champ de bataille. Aucun des deux camps ne souhaite la voir émerger, elle signifierait leur fin.

Ces deux positions / croyance s’enracineraient sur le même site. La conscience serait une vision plus globale et sa nourriture cet équilibre délicat que serait la vie.
 
Bonne journée
Michel.
Journalisée
Sylvain MAGNE
Membre SFM
Participant Actif


Glops: +3/-0
Messages: 274



WWW
« Réponse #4 le: 30/05/2008 à 10:03:36 »

Jean-Paul Baquiast, j'aime le côté engagé de ton discours et les commentaires en résonnance de Pascal Jouxtel.
J'aime le nouvel angle de vue général qui se forme, même si ma vision personnelle varie sur certains points mais dans l'ensemble je trouve cela pertinent.

Je n'en dirais pas plus. J'espère seulement vous faire part de mon point de vue plus en détail dans l'avenir proche.
Journalisée

Erwan LEGOEDEC
Participant Actif


Glops: +0/-0
Messages: 188



WWW
« Réponse #5 le: 30/05/2008 à 15:26:41 »


Une certaine Mariela Szirko, dans un texte en français publié par la revue argentine Electroneurobiologie, défend l’autonomie de la conscience individuelle contre les tentatives des sciences de l’automatisme et de la robotique qui veulent y voir le produit d’un mécanisme neurologique lui-même conditionné par l’existence de superorganismes menant le monde. Elle affirme que ces sciences, envahissant le domaine de l’anthropologie et de la sociologie afin de les dépouiller de leur regard traditionnellement politique, sont des constructions idéologiques. Elles permettent aux multinationales nord-américaines de démobiliser les résistances des individus qu’elles cherchent à transformer en consommateurs passifs.

Dans ce texte, elle cite un certain Antoine Courban (Les Chroniques de l'Irréparable, I) qui selon elle « affirme avec beaucoup de pertinence » que « Il faut choisir : soit on considère l'Homme comme Sujet de l'Histoire ; soit on le considère comme Objet de l'Histoire. Dans le premier cas, c'est l'Homme qui fait l'Histoire parce qu'il est libre, dans le deuxième cas, il n'est plus libre, il ne fait que subir le déterminisme de l'Histoire» .


Bonjour Jean-Paul,

Je suis un lecteur régulier et attentif de tes très intéressants articles sur « Automates intelligents » ainsi que sur ton blog.
J’interviens juste sur les passages cités en bleu afin d’alléger les échanges.

Les remarques de Marielo Szirko me paraissent dignes d’intérêt dès lors qu'on se concentre sur le 'regard politique' que l’on peut avoir sur les évolutions culturelles des sociétés humaines. Je dois d’ailleurs dire que je partage très globalement son point de vue en précisant que « l’économique » a presque complètement pris la place du « politique » au sens noble et régulateur du terme. C’est effectivement cette substitution qui fait que les consommateurs deviennent d’année en année de plus en plus nettement des robots bien conditionnés, des automates programmés au déterminisme quasi total.

Quant à la citation d’Antoine Courban, en effet, elle est un peu manichéenne et très peu représentative des réalités, des multiples situations qui se présentent à chaque humain en situation de faire des choix à un moment ou à un autre.
Pascal Jouxtel disait à un moment de nos discussions qu’il y avait des méméticiens objectivistes et d’autres subjectivistes. Je ne sais pas si cette description est fidèle à la réalité car dans tous les cas une relation duale s’instaure plutôt entre l’individu et la société qu’entre l’aspect sujet ou l’aspect objet que l’on veut bien accorder à l’humain dans sa pleine dimension. Marcel Gauchet dans son dernier livre « L’avènement de la démocratie : La crise du libéralisme » (p. 261-262) cite John Stuart Mill qui dès 1859-1860 disait : "Tous les changements qui s’opèrent dans le monde ont pour effet d’augmenter la force de la société et de diminuer le pouvoir de l’individu."  ( "De la liberté" Gallimard p. 81)

Je suis persuadé quant à moi qu’il y a en permanence des effets de balancement  entre les abus de pouvoir des sociétés organisées et les excès de l’individualisme qui se conjuguent parfois dans une parfaite dysharmonie quelque peu schizophrène.


Citation de: Jean-Paul Baquiast
J’ajouterai en ce qui me concerne que, sur le site de la Société francophone de mémétique, un intervenant, s’appuyant sur un article de moi repris par ce site (La révolution du zootechnocène) me reproche quasiment de prendre le parti des conducteurs des trains de la mort, sous la Shoah, lesquels ne se rebellaient pas contre les ordres donnés par la compagnie ferroviaire sous la pression des nazis. Je pourrais répondre que jeune sous-lieutenant, je n’avais pas accepté en Algérie de pratiquer la torture, mais ce serait donner un côté personnel à un débat qui doit rester neutre.


Je crois que l’exemple du sous-lieutenant  Clin d'oeil que tu cites est excellent ! Il illustre à merveille la part (très petite mais si importante) qui revient au libre-arbitre humain dont l’élan transcendantal est illustré par Saint Exupéry lorsqu’il raconte l’épopée de son ami pilote Henri Guillaumet dans « Terre des Hommes » :
« Ce que j’ai fait, je te le jure, jamais aucune bête ne l’aurait fait… »
C’est toute la différence entre un déterminisme qui – même s’il est dominant aussi chez l’Homme (98,8 %* ?) – ne boucle pas tout lorsqu’il reste cette capacité à se projeter vers le futur qu’aucune autre espèce animale ne possède.
* 98,8 % c'est notre patrimoine génétique commun avec le chimpanzé. Il reste donc un espace de 1,2 % de différence dans laquelle peut sans doute se nicher notre toute petite zone de libre-arbitre possible...

Citation de: Jean-Paul Baquaiast
Le point important que je voudrais souligner ici est que les sciences des systèmes, notamment la mémétique, doivent en fait refuser le choix imposé par Antoine Courban. À nos yeux, l’Homme n’est ni sujet ni objet de l’histoire. Il n’est ni libre ni déterminé. Antoine Courban et ceux qui pensent comme lui voudraient nous obliger à choisir entre deux philosophies aussi éculées et dangereuses l’une que l’autre.

D’accord, ce choix aussi étroit, limitatif et tout juste binaire n’est pas envisageable car l’homme est à la fois déterminé (puissamment et lourdement) mais également libre de certains de ses choix cruciaux. Il est donc très souvent l’objet-victime du poids de l’histoire et des institutions sociales mais aussi parfois l’inventeur et/ou l’acteur de son futur, de son avenir, et pour lui-même dans l’immédiat et pour ses semblables parfois. Il est aussi parfois - à l'occasion - l'initiateur (même si c'est 'à l'insu de son plein gré') de changements qui révolutionnent la société de manière irréversible.

Pour finir, j’émets des réserves sémantiques de pure forme sur le choix du mot zootechnocène : seul le milieu m’agrée. Zoo est trop vaste car il aurait fallu se limiter aux primates qui ont engagé l’hominisation juste avec quelques outils. Le suffixe « cène » ne me convient pas trop non plus puisqu’il devrait s’appliquer à ce qui est récent, nouveau, ou qui apparaîtrait comme le dernier âge. S’agissant de l’Homme et relativement à son échelle, l’époque des technologies ‘lithiques’ est déjà assez ancienne et  elle tourne allègrement autour du tandem arme & outil, elle sera en fait très vite supplantée, dépassée, remplacée, grâce à la maîtrise du feu dont la plupart des technologies fondatrices de nos civilisations participent directement ou indirectement.

http://www.memetics-story.com/categorie-258297.html

Je proposerais plus volontiers primatotechnocosme même s'il est vrai que ça fait un peu longuet… Anthropotechnocosme, si l’on suit les indications d’Yves Coppens, ne daterait que de 100 000 ans tout au plus : c’était hier.
Pour la plus récente, la dernière mouture de ce technocosme humanoïde, Pierre Lévy proposait en 1990 l’expression « Technologies intellectuelles »…
Un certain Jacques Attali proposait dès 1975 « La parole et l’outil »… Et si l'on pouvait affirmer que c’est l’outil qui a permis de faire émerger la parole ? Huh

Erwan
« Dernière édition: 31/05/2008 à 22:33:37 par Erwan LEGOEDEC » Journalisée

Si tu ne mènes pas ton propre combat, on fera de toi le combattant d'une cause qui n'est pas la tienne.
Sylvain MAGNE
Membre SFM
Participant Actif


Glops: +3/-0
Messages: 274



WWW
« Réponse #6 le: 01/06/2008 à 20:00:05 »

Apparemment, Susan Blackmore s'intéresse à cette question de près. Elle a même créé un nouveau terme de "Tèmes", qui seraient des "techno-mèmes".
Voir son article : http://www.susanblackmore.co.uk/memetics/temes.htm
Journalisée

Jean-paul BAQUIAST
Participant


Glops: +0/-0
Messages: 24


« Réponse #7 le: 02/06/2008 à 10:37:27 »

Je pense que le thème des mèmes techniques devrait en effet devenir un point important de futurs débats mémétiques. Susan Blackmore, apparemment, en fait des réplicants autonomes, qu'elle baptise des tèmes. Dans l'approche plus modérée que j'avais proposée, je suggérais le terme de systèmes bioanthropotechniques. Le mot est affreux, j'en conviens. Mais il montre bien le côté composite des réplicants technologiques, comme "le monde de l'automobile" ou celui "des armes à feu". Il y a en eux du biologique (nos gènes nous conduisant à nous regrouper, à nous approprier des objets, etc), de l'anthropologique culturel (les cultures qui nous poussent à construire tels types de sociétés) et du technologiques (les techniques qui se développent selon des lois propres où l'huain intervient peu).
Parler de tèmes comme SB présuppose que dès maintenant où très vite ces entités auront pris leur autonomie réplicative et entreront en conflit darwinien avec les gènes et les mèmes, cad avec nous. La question se pose dès maintenant à propos des robots. Ceux-ci vont-ils nous échapper et nous combattre? Répondre oui immédiatement ne serait pas scientifique car aucun robot vraiment autonome n'est aujourd'hui concevable. On pourrait dans le même esprit gamberger sur ce qui se passerait si la Terre était envahie d'extraterrestres hostiles.
Si de tels robots apparaissaient - à supposer...- , on pourrait aussi supposer qu'ils généreraient des réponses adaptés de la part des bioanthropos, cad des humains. Ces réponses seraient alors du type posthumaines.
Je crois donc que c'est plus dans la perspective du posthumain que dans celle d'une mémétique témétique qu'il convient aujourd'hui de placer la réfléxion politico-mémétique. Mais tout cela se discute, comme on dit...
Journalisée
Erwan LEGOEDEC
Participant Actif


Glops: +0/-0
Messages: 188



WWW
« Réponse #8 le: 02/06/2008 à 11:01:26 »

Apparemment, Susan Blackmore s'intéresse à cette question de près. Elle a même créé un nouveau terme de "Tèmes", qui seraient des "techno-mèmes".
Voir son article : http://www.susanblackmore.co.uk/memetics/temes.htm


Yep !

Citation
Somewhere in externalizing these memes through technology, we’ve created a new type of memes - technology-enhanced memes - which she calls temes. These temes are “forcing our brains to become teme machines.” We will start putting in implants and taking drugs that force us to stay awake - we’ll believe we’re choosing to do so, but the temes are making us do it.

Comme j'attends avec impatience une classification des mèmes en bon uniforme. :!:  Souriant Je veux dire en bonne et due forme.  Roulement des yeux Je pense en effet que les techno-mèmes ont boosté considérablement la Culture humaine mais contrairement à Sue Blackmore, je ne crois pas qu'ils ont contribué à modifier la structure et la taille du cerveau des Homo sapiens. Je pense au contraire que c'est cette taille et sa structure tri-unique qui ont permis l'émergence de ces tèmes entre autres mèmes.

Erwan
« Dernière édition: 22/06/2008 à 11:53:43 par Pascal JOUXTEL » Journalisée

Si tu ne mènes pas ton propre combat, on fera de toi le combattant d'une cause qui n'est pas la tienne.
Jean-paul BAQUIAST
Participant


Glops: +0/-0
Messages: 24


« Réponse #9 le: 02/06/2008 à 15:36:10 »

Rebonjour. En prévision de la réunion de la SFM, je vous envoie un (trop long?) article précisant mon précédant message, que j'ai publié sur Automùates Intelligents, version preprint (d'où certaines formules journalistiques):

Existe-t-il une 3e sorte de réplicants?

Ayant depuis la naissance de notre revue présenté et commenté les développements de la mémétique, nous avons depuis déjà quelques mois insisté sur le fait que le concept de mème était trop général pour pouvoir permettre des approches rigoureuses. Si l’on considère, comme encore beaucoup de méméticiens, que le mème est un réplicant de type culturel se développant à partir des réseaux d’échanges interhumains (le langage, les médias, Internet), il est difficile de distinguer ce qui est mème de ce qui ne l’est pas.

La même ambiguïté avait pesé sur la génétique, à l’époque du « tout génétique », quand on prétendait pouvoir isoler les gènes responsables de tous les comportements animaux et humains. L’évolution paraissait alors pouvoir s’expliquer comme résultant de conflits darwiniens entre gènes égoïstes. Une approche plus réaliste, de plus en plus qualifiée d’épigénétique, s’est efforcé de montrer que les gènes (à supposer que ce concept corresponde à quelque chose de précis en biologie) s’expriment rarement seuls, mais à travers des individus, les phénotypes, eux-mêmes en compétition darwinienne à travers les structures sociales qu’ils forment en s’assemblant de façon différente selon les espèces. Si nous acceptons le postulat de la mémétique selon laquelle ces structures sociales et leurs productions culturelles deviennent à leur tour des réplicants, baptisés mèmes, il serait en tous cas difficile de complètement isoler leur évolution de celle de l’évolution génétique.

On dira que l’évolution génétique est lente et que l’évolution mémétique est rapide. Il serait donc légitime de les étudier séparément. Mais ce n’est pas du tout évident lorsque l’on considère les changements qu’impriment aux phénotypes les conflits entre mèmes culturels. L’homme de la société de l’information n’est plus comparable, si l'on mesure la complexité de ses connexions neuronales, au chasseur-cueilleur. Les généticiens répondront que les complexités neuronales acquises par l'individu ne se transmettent pas aux gènes définissant l’organisation des bases neurales de la cognition, lesquelles bases n’auraient pas changé depuis l’australopithèque. Mais ce point est précisément en débat aujourd’hui, autour de la question de plus en plus fréquemment posée de la « grosseur » du cerveau des hominiens – sans parler des autres évolutions morphologiques. Le moins que l’on puisse dire est qu’il y a eu une coïncidence troublante entre le développement des cultures, des langages et des outils et celui de la taille du cerveau. Tout laisse donc supposer – sans preuves explicites – que le développement des cultures anthropologiques a créé des conditions favorables à de micro-mutations des bases génétiques de la cognition, favorisant les individus les mieux aptes à survivre dans des sociétés utilisant des concepts langagiers et des outils 1).

Dans ce cas, plutôt que disserter sans fin sur les « mutations » intéressant les mèmes, considérés comme des réplicants autonomes, sans bases biologiques (pourquoi les jupes s’allongent-elles et se raccourcissent-elles périodiquement), il serait plus utile d’étudier la façon dont ils s’expriment en interaction avec les supports biologiques et neuronaux sans lesquels ils n’existeraient pas. Un mème n’ait pas une idée en l’air, résultant de l’intervention du Saint Esprit. C’est un message de type informatique, dont on peut suivre la trace aussi bien dans les cortex émetteurs et récepteurs que dans les réseaux d’échanges entre ces cortex. Or, c’est la façon dont ils interagissent avec les contenus corticaux et les processus neuronaux de production de ces contenus qui devrait nous intéresser en priorité. C’est pourquoi j’avais moi-même proposé (Baquiast. PMF) de reprendre une idée présentée par Robert Aunger, celle de neuro-mème. Malheureusement, étudier les neuromèmes suppose des moyens complexes et coûteux en imagerie cérébrale dont les chercheurs ne disposent pas 2) .

Concluons de ce premier débat que la mémétique aurait tout intérêt à mieux se rapprocher de la génétique et de l’épigénétique pour essayer de mettre en lumière les évolutions complexes de type darwinien intéressant les sociétés humaines. Il ne s’agit pas de nier le caractère réplicant, tant des gènes que des mèmes, mais de voir que leurs réplications respectivent interfèrent en permanence dans nos sociétés. Ainsi les bouffées pandémiques telles que celles de la grippe aviaire, qui résultent de mutations génétiques au sein du virus, sont en permanence contrées (mais aussi parfois favorisées) par la façon dont les cultures humaines ressentent les mutations des mèmes intéressant la nourriture, les transports, la vie urbaine, et plus généralement la santé.

Les technomèmes


C’est en partant de ces prémisses que ceux qui s’intéressent, comme nous le faisons dans cette revue, à l’évolution des technologies et à leur poids de plus en plus important sur l’évolution des cultures et des milieux biologiques, ont proposé le concept de technomèmes. Ne revenons pas sur celui-ci. Disons simplement qu’il postule l’existence d’une autonomie grandissante de la part du complexe formé par les techniques, ceux qui les inventent et ceux qui les utilisent. Cette autonomie est de plus en plus redoutée, compte-tenu des conséquences lourdes sur les équilibres bioenvironnementaux résultant de l’explosion des diverses techniques. Qui arrêtera, dit-on, le complexe de l’automobile, celui des armes à feu, celui du pétrole, etc ? 3)

Si nous retenons l’approche proposée par Susan Blackmore, celle des « tèmes » 4), nous ferions de ces technologies des réplicants autonomes, venant en compétition avec les gènes et les mèmes. Comme ces réplicants paraissent douées de beaucoup plus de pouvoirs (technologiques) que les gènes et les mèmes, ils pourraient en se multipliant éliminer la vie et en tous cas l’homme de la Terre. En contrepartie, ils pourraient peut-être entreprendre la conquête d’autres planètes. Nous pensons pour notre part que ces considérations relèvent – au moins à ce jour – de la science fiction.

Dans l'approche moins simplificatrice que nous avions proposée dans les articles précédents, nous suggérions le terme de systèmes bioanthropotechniques. Le mot est affreux, convenons-en. Mais il montre bien le côté composite des réplicants technologiques, comme "le monde de l'automobile" ou celui "des armes à feu". Il y a en eux du biologique (nos gènes nous conduisant à nous regrouper, à nous approprier des objets, etc.), de l'anthropologique culturel (les cultures qui nous poussent à construire tels types de société, d'outils et d'usages) et du technologique (les techniques qui se développent selon des lois propres où l'humain intervient peu).

Parler d'une troisième catégorie de réplicants, les tèmes, comme le fait Blackmore, présuppose que, dès maintenant ou très vite, ces entités prendront leur autonomie réplicative et entreront en conflit darwinien avec les gènes et les mèmes, c’est-à-dire avec nous. La perspective, on le sait, a déjà été envisagée à propos des robots. Or, ceux de nos lecteurs bien informés des progrès de la robotique autonome savent que, pour le moment encore, l’ère de robots s’émancipant des hommes et les combattant avec succès n’apparaît pas proche.

Vont-ils à terme nous échapper et nous combattre? La perspective peut être envisagée - ce que nous faisons nous-mêmes quand c'est opportun - , mais répondre par l’affirmative immédiatement ne serait pas scientifique. Aucun robot vraiment autonome n'est aujourd'hui concevable. On pourrait dans le même esprit faire des hypothèses sur ce qui se passerait si la Terre était envahie d'extraterrestres hostiles.

Si de tels robots apparaissaient - à supposer qu’ils le fassent – mieux vaudrait supposer qu'ils généreraient des réponses adaptées de la part des bioanthropos que nous sommes, c’est-à-dire des humains. Ces réponses seraient alors du type posthumain.

Nous pensons donc que c'est plus dans la perspective du posthumain, au sein duquel s’affronteraient des entités – pour reprendre le terme – bioanthropotechniques qu’il conviendrait d’envisager l’avenir. En tous cas, la nécessaire refondation politico-scientifique de la mémétique ne devrait pas passer par la reconnaissance d’une hypothétique « témétique ».

Notes
1) Voir "Un événement encore mal expliqué, l'apparition d'un gros cerveau chez les hominidés" http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2008/88/groscerveau.htm . Nous y évoquons la question des enfants surdoués. Nous avons aussi mentionné les réflexions actuelles autour du concept de neurones-miroirs, de plus en plus considérés comme indispensable à l’auto-représentation et à l’élaboration de stratégies situées dans le temps. Pour ne pas avoir à faire l’hypothèse un peu facile que ces neurones-miroirs seraient subitement apparus chez certains primates, futurs hominiens et non chez les autres, on peut imaginer que ces neurones existent chez de nombreux animaux – ce qui semble être le cas - mais, comme l’explique Stanislas Dehaene à propos des gènes du langage, qu’ils auraient été « exaptés » par certains primates confrontés à des changements environnementaux leur ayant imposé d’abandonner leurs cultures antérieures.
2) Voir cependant les articles consacrés à Stanislas Dehaene dans cette revue.
3) Voir notre dossier "La révolution du zootechnocène"
http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2008/88/zootechnocene.htm
4) Voir son article : http://www.susanblackmore.co.uk/memetics/temes.htm
Journalisée
Jean Pierre CRESPIN
Membre SFM
Participant Actif


Glops: +3/-0
Messages: 747


Porter le chapeau...


WWW
« Réponse #10 le: 31/01/2009 à 18:21:33 »

 Un très bon cours dispensé à la Sorbonne à propos de la coévolution avec les technomèmes. C'est en pdf et très clair à ce qu'il me paraît. Mais Jean-Paul BAQUIAST doit connaître j'imagine :

http://www.paris4.sorbonne.fr/e-cursus/texte/CEC/puech/20082009masterlophiss/cours03.pdf

Le slide de la page 8 est bien intéressant concernant les vêtements.

J'ajoute ce document en fichier joint.

Que pensez-vous de cette vision ?

Je propose aussi à votre curiosité "Homo sapiens technologicus" aux éditions "Le Pommier" (Mélétè)

http://technosapiens.free.fr/

J'avais évoqué sur ce forum Homo sapiens communicatus 2.0
J'espère que ses qualités propres bénéficieront aussi à  Homo sapiens technologicus ?
Le chapitre 4 du bouquin de Michel PUECH est disponible en ligne, sur son site.
Ça me rappelle un peu Pierre LÉVY dans "Les technologies de l'intelligence" mais c'est une analyse intéressante également.

J-P
« Dernière édition: 31/01/2009 à 18:53:33 par Jean Pierre CRESPIN » Journalisée

Luis Nunes Alberto
Participant Actif


Glops: +1/-0
Messages: 131


« Réponse #11 le: 11/02/2009 à 01:34:47 »

Citation de: Charles Mougel
merci de développer ta pensée.

Tres bien je developpe.

Citation de: JPB
Nous pouvons donc considérer que si le superorganisme cognitif qu’est l’espèce-souris a survécu dans un monde peuplé de chats, c’est parce qu’il avait acquis par essais et erreurs au long des générations des connaissances scientifiques (nous dirons pour rester prudents des connaissances préscientifiques) qui représentent, sous une forme non verbalisée, ses contenus de connaissance sur le monde

un monde peuplé de chats

Le monde n'a jamais été, pour autant que je le sache, particulierement peuplé de chats, par ailleurs les souris ont un bon nombre d'autres predateurs que les chats.

l’espèce-souris a survécu dans un monde peuplé de chats, c’est parce qu’il avait acquis par essais et erreurs au long des générations des connaissances scientifiques

L'experience collective nous dit que "bien mal acquis ne profite jamais", ce doit etre le cas puisque mes chats continuent à m'apporter des souris. On pourrait aussi dire que si les souris pouvaient acquerir ces connaissances scientifiques elles eviteraient sans doute plus efficacement les laboratoires et les scientifiques.
Les souris ne font pas d'essais ni d'erreurs, simplement elles vivent ou elles meurent. Elles se guident comme tous les mamiferes par un systeme cerebral basé sur la peur et l'imperatif de survivre pour procréer. Le systeme cerebral basé sur la peur consiste en un ensemble de filtres de mémoire dont je citerai trois: 1- Mémoire d'instinct (ROM): Tout ce qui depasse les niveaux sensoriels connus est potentiellement mortel.
                 2- Mémoire en stress: Tout ce qui ressemble à un danger connu est potentiellement dangereux.
                 3- Mémoire de routine: Tout ce qui ressemble à des situations parfaitement maitrisées, routinieres, ne presente pas de danger .
C'est un systeme automatique qui est en fait le fonctionnement principal du cerveau animal, faire la gestion de l'interaction de la souris avec son environnement.

des connaissances scientifiques (nous dirons pour rester prudents des connaissances préscientifiques) qui représentent, sous une forme non verbalisée, ses contenus de connaissance sur le monde

La souris n'a pas de connaissance sur le monde. Le monde de la souris se resume à chercher ce qui se mange, à chercher un mâle ou une femelle suivant le cas, un abri pour faire son nid et à alimenter et defendre les petits le cas echéant, génération aprés génération. La survie des souris est basée sur le nombre et sur la rapidité de multiplication.

Encore une fois je répete que les idées que j'exprime sont les miennes, basées sur mes observations et des souris et des rats j'en ai observé beaucoup.


 


 




« Dernière édition: 11/02/2009 à 11:43:05 par Charles MOUGEL » Journalisée
Jean Pierre CRESPIN
Membre SFM
Participant Actif


Glops: +3/-0
Messages: 747


Porter le chapeau...


WWW
« Réponse #12 le: 11/02/2009 à 11:13:30 »

Je voudrais répondre à la suite de cet échange mais en reprenant un peu plus à fond la citation de Jean-Paul que j'aurais aimé proposer en entier. Mais bon, je me contenterai de cette partie :
Citation de: Jean-Paul BAQUIAST
Nous pouvons donc considérer que si le superorganisme cognitif qu’est l’espèce-souris a survécu dans un monde peuplé de chats, c’est parce qu’il avait acquis par essais et erreurs au long des générations des connaissances scientifiques (nous dirons pour rester prudents des connaissances préscientifiques) qui représentent, sous une forme non verbalisée, ses contenus de connaissance sur le monde. Remarquons que contrairement à ce qui se passe dans les supersystèmes cognitifs que sont les sociétés humaines, les cerveaux associatifs des individus- souris composant le superorganisme cognitif qu’est l’espèce-souris sont sans doute moins doués pour multiplier les hypothèses susceptibles d’expliquer les régularités du monde que ceux des individus humains. Ils sont aussi moins doués que les individus humains pour se rassembler en groupes sociaux puissants animés par la volonté de propager ces hypothèses afin d’acquérir un pouvoir au sein de la société-souris globale. Autant que l’on sache, aucun individu-souris n’a imaginé, grâce à un cerveau particulièrement créatif, qu’il existerait peut-être un Dieu Chat très puissant que l’on pourrait apaiser par des sacrifices. Aucun n’a tenté de bâtir une religion au service de cette vision ni de collecter des offrandes à cette fin. À supposer qu’il l’ait fait et se soit comporté conformément à cette hypothèse, cet individu-souris serait mort, très vite dévoré. Son hypothèse et son amorce de religion auraient disparu avec lui.

Je vais essayer d'être bref.
À part la validation de l'hypothèse sheldrakienne de champs morphogénétiques qui permettraient à la gent souris d'être "informée" du danger que représente pour chacun de ses membres la gent félix, je ne vois pas très bien comment il pourrait y avoir une quelconque "mémoire" du "superorganisme cognitif" que représente l'espèce-souris.
À mon humble avis, seule la sélection naturelle de sécrétions d'hormones (neuro-hormones) réagissant à la présence physique de chats dans l'environnement immédiat de la souris (ou réaction de fuite lorsque certaines phéromones sont émises voire même à l'odeur d'urine des félidés prédateurs de souris...) a opéré progressivement.
Les souches de souris capables de détecter ces dangers ont mieux résisté à la prédation des chats-chasseurs et ont pu, grâce à des évolutions sensibles de leur système olfactif et/ou voméronasal, se prémunir contre les attaques des chats. Des chercheurs ont même réussi à rendre des souris insensibles à la présence des chats...

http://blogosapiens.typepad.com/isabelle_de_penfentenyo/2008/11/lorgane-vom%C3%A9ronasal.html

L'homme, lui,  a perdu tout ou partie de ces potentialités car il a développé notamment par des stratégies culturelles, des parades bien plus appropriées à sa sécurité d'individu et d'espèce.

Je dirai alors que le paragraphe de Jean-Paul n'est pas faux, ni pseudo-scientifique, mais que c'est une généralisation très théorisante de la situation des souris dans un monde de prédateurs potentiels parmi lesquels figurent les chats.
Superorganisme cognitif pour dire ensemble actuel cohérent des adaptations du système limbique de l'espèce souris ? Non ?

"Les souris peuvent déterminer les odeurs qui sont déterminées génétiquement grâce au H-2 major histocompatibility complex (MHC) (Yamazaki et al, 1979; 1994) sur le chromosome 17 (Schellinck et al, 1993). Il y a d’autres endroits qui codent les types d’odeurs, par exemple sur le chromosome Y (Schellinck et al, 1993). C’est notamment dans l’odeur de l’urine que les rongeurs peuvent percevoir l’identité de leurs congénères. Les femelles sont attirées par des urines dont l’odeur est différente de la leur."
http://tecfa.unige.ch/perso/lombardf/calvin/TM/06/burrus/

J-P

PS : En fait, la fable de La Fontaine "Le cochet, le chat et le souriceau" n'illustre-t-elle pas bien ce dilemme cruel : savoir fuir ou mourir ? Mais comment apprendre à savoir qu'il faut fuir ?...
Chez mon vieil ami Jean-Marc BASSETTI :


http://www.lafontaine.net/lesFables/afficheFable.php?id=110

À mon âge, je la connais encore par coeur. Sans doute pour la leçon de mémétique qu'elle donne ?
« Dernière édition: 11/02/2009 à 16:01:36 par Jean Pierre CRESPIN » Journalisée

Jean-paul BAQUIAST
Participant


Glops: +0/-0
Messages: 24


« Réponse #13 le: 11/02/2009 à 17:29:12 »

Je voudrais rassurer les spécialistes des souris et des chats, je n'avais utilisé cet exemple que comme image de ce qui pourrait se passer dans le modèle théorique du complexe zootechnique évolutionnaire. J'aurais aussi bien pu imaginer des populations de robots. Quant aux souris, j'ignore beaucoup d echoses à leur égard.
J'en profite pour préciser un autre point: quand je parle 'essais et erreurs' dans leur cas, là encore c'est sous forme d'image. Vous ne pouvez pas nier cependant qu'au niveau de l'adaptation de l'espèce, les différents processus de survie utilisés par les souris ont été acquis par conservation et "durcissement" de processus étant survenus sur le mode aléatoire au cours de l'évolution de l'espèce.
J.P. Baquiast
Journalisée
Pages: [1]   Haut de page
Imprimer
Aller à: